Alors que seulement 27 % de la population d’Afrique subsaharienne avait accès à l’Internet mobile en 2023, le coût élevé des smartphones demeure l’un des principaux freins à la connectivité. Pour y remédier, l’Association mondiale des opérateurs télécoms (GSMA) et six grands opérateurs africains, dont Orange, unissent leurs forces afin de démocratiser l’accès aux smartphones sur le continent.
L’annonce a été faite le 21 octobre, lors du Mobile World Congress Africa 2025, tenu à Kigali, au Rwanda. À cette occasion, les acteurs du secteur ont présenté un accord inédit définissant un standard technique minimal pour des smartphones 4G de qualité, proposés entre 30 et 40 dollars. Ces appareils devront garantir une expérience fluide et durable, grâce à des caractéristiques équilibrées en matière de mémoire, batterie, écran et caméra.
Un projet industriel collectif pour casser les prix
Selon la GSMA, les composants physiques d’un smartphone (processeur, mémoire, batterie, écran, etc.) représentent jusqu’à 70 % de son coût total. Réduire le prix sans sacrifier la qualité nécessite donc une approche collective. La clé réside dans la production en grande série et la standardisation : en regroupant les commandes autour d’un modèle commun, les fournisseurs peuvent réduire leurs tarifs grâce à des volumes de production plus importants.
« L’objectif du standard GSMA est de fédérer la demande, rassurer les fabricants et stimuler la production en grande série à moindre coût », explique un représentant de l’organisation.
Deux leviers stratégiques : production locale et fiscalité allégée
Pour concrétiser cette vision, la GSMA mise sur deux axes principaux. D’une part, elle compte collaborer avec les fabricants d’équipements (OEM) afin de concevoir des modèles 4G abordables répondant aux exigences fixées. D’autre part, elle encourage les gouvernements africains à supprimer les taxes sur les smartphones d’entrée de gamme, dont le prix est inférieur à 100 dollars.
L’exemple de l’Afrique du Sud illustre cette démarche : en mars 2025, le pays a supprimé les droits d’accise sur les téléphones coûtant moins de 2 500 rands (136 dollars), dans le but de réduire la barrière d’accès pour les ménages modestes. Dans de nombreux pays, la TVA et les droits d’importation peuvent en effet augmenter le prix des appareils de plus de 30 %, freinant directement l’inclusion numérique.
« L’accès à un smartphone n’est pas un luxe, c’est un lien vital vers les services essentiels, l’éducation et les opportunités économiques », souligne Vivek Badrinath, directeur général de la GSMA.

Un smartphone à 40 dollars pour 20 millions de nouveaux connectés
Aujourd’hui, la couverture mobile africaine atteint 86 % pour la 3G, 71 % pour la 4G et 11 % pour la 5G, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT). Pourtant, seuls 52 % des Africains sont effectivement connectés. Le principal frein n’est donc plus la couverture, mais le coût des terminaux.
D’après GSMA Intelligence, un smartphone vendu à 40 dollars permettrait à 20 millions de personnes supplémentaires en Afrique subsaharienne d’accéder à Internet mobile, tandis qu’un modèle à 30 dollars pourrait connecter jusqu’à 50 millions de nouveaux utilisateurs.
Pour être considéré comme abordable, un smartphone ne devrait pas représenter plus de 15 à 20 % du revenu mensuel moyen. Or, selon la Banque mondiale, dans les pays à revenu faible et intermédiaire, le coût d’un smartphone d’entrée de gamme équivaut en moyenne à 18 % du revenu mensuel d’un adulte, et jusqu’à 73 % pour les 40 % de ménages les plus pauvres.
Rendre le smartphone accessible et durable
La baisse des prix ne suffit pas. Pour un véritable impact, il faut combiner plusieurs leviers : financement, accompagnement et maintenance. Les opérateurs envisagent des formules de paiement échelonné ou des microcrédits adaptés aux revenus irréguliers, avec des conditions transparentes et une assurance en cas de panne.
Le développement d’un réseau local de réparation et la disponibilité de pièces détachées sont également essentiels pour prolonger la durée de vie des appareils et réduire les déchets électroniques.
Parallèlement, les compétences numériques constituent un autre pilier. De nombreux citoyens perçoivent encore le smartphone comme un produit de luxe, faute d’en maîtriser les usages. Former les utilisateurs aux fonctions de base permet d’en faire un véritable outil d’éducation, de travail et d’accès aux services publics.
Vers un modèle africain d’inclusion numérique
En conjuguant efforts industriels, incitations fiscales et programmes d’accompagnement, cette initiative marque une étape clé vers un accès équitable au numérique sur le continent. Pour les opérateurs, démocratiser le smartphone revient à élargir le marché des services data, tandis que pour les gouvernements, c’est une opportunité d’accélérer la transformation digitale et l’inclusion économique.
À travers cette alliance, la GSMA et ses partenaires envoient un message fort : connecter l’Afrique passe désormais par la démocratisation du smartphone, clé d’entrée dans l’économie numérique du XXIᵉ siècle.