Face à l’influence croissante des réseaux sociaux et à la puissance des créateurs de contenu, l’Algérie s’apprête à franchir une nouvelle étape dans la régulation de son espace numérique. Le pays veut mieux encadrer les grandes plateformes
internationales et renforcer sa souveraineté digitale.
Un projet de loi, actuellement examiné par l’Assemblée populaire nationale (APN), prévoit un cadre juridique strict pour les grandes plateformes numériques opérant sur le territoire. L’initiative, portée par le député Bouhali Abdelbasset, vise directement les géants du web tels que TikTok, Facebook, YouTube ou Instagram.
Selon le texte, toute plateforme comptant plus d’un million d’utilisateurs ou dépassant un certain seuil de revenus en Algérie devra désormais :
- Ouvrir un bureau local et désigner un représentant légal dans le pays ;
- Héberger les données des utilisateurs sur le territoire national ou dans des centres agréés ;
- Retirer tout contenu jugé illicite sous 24 heures après notification ;
- Publier des rapports semestriels de conformité détaillant les mesures de modération et de protection appliquées.
Trois priorités : valeurs, protection et souveraineté
L’esprit du texte repose sur trois grands axes :
- Préserver les valeurs religieuses et sociales ;
- Protéger les mineurs contre les contenus nocifs ;
- Renforcer la souveraineté numérique du pays.
Le projet prévoit également la création d’une Autorité nationale de régulation de l’espace numérique, placée sous la tutelle de la Présidence. Cette structure disposerait d’un pouvoir de sanction en cas de manquement — amendes, blocages d’accès ou poursuites judiciaires.
Un encadrement à la hauteur d’un écosystème en pleine expansion
Avec 36,2 millions d’internautes début 2025, soit près de 77 % de la population, l’Algérie connaît une véritable explosion du numérique. Les réseaux sociaux y jouent un rôle central, notamment dans l’information, la consommation et la création de tendances. Mais cette forte connectivité s’accompagne aussi d’enjeux : diffusion de contenus extrémistes, désinformation ou atteintes aux normes sociales.
Le gouvernement entend donc suivre la voie d’autres pays, comme l’Allemagne ou la Turquie, qui ont imposé un ancrage local et des obligations légales aux grandes plateformes.
Vers un nouvel équilibre numérique
Si la loi est adoptée, elle pourrait redéfinir le paysage digital algérien. D’un côté, elle responsabiliserait davantage les acteurs internationaux ; de l’autre, elle ouvrirait la voie à l’émergence de solutions locales plus alignées avec les priorités nationales en matière de sécurité, de culture et de protection des données.
En somme, l’Algérie veut affirmer sa place dans l’économie numérique mondiale tout en reprenant le contrôle de son espace digital — un défi majeur à l’ère des plateformes globalisées.