Alors que la BCEAO renforce les règles du jeu et que la nouvelle Plateforme interopérable de paiement instantané (PI-SPI) entre en service, les fintech ouest-africaines se retrouvent à un carrefour stratégique : innover ou disparaître. La 7ème édition du Next Fintech Forum, prévue les 19 et 20 novembre 2025 à Dakar, sera l’occasion de mesurer les enjeux et d’identifier les opportunités.

Le marteau de la régulation : l’Instruction 01-01-2024 de la BCEAO
Depuis le 23 janvier 2024, la BCEAO impose aux fintech et aux Établissements de paiement (EDP) de se conformer à l’Instruction n°01-01-2024 pour continuer à exercer légalement. L’une des conditions clés : un capital social minimumde 10 millions FCFA pour la plus petite licence et 100 millions FCFA pour la plus grande.
Pour les startups, ces obligations représentent un investissement conséquent. « Certains fondateurs ont dépensé plus de 30 millions FCFA pour se mettre en conformité », témoigne Alex Sea, président de l’Association des fintech de l’UEMOA. Malgré tout, experts et acteurs s’accordent sur la nécessité de cette régulation :
« Beaucoup de fonds transitent par les fintech. Les réguler est essentiel pour protéger les consommateurs et assurer la confiance dans le secteur », rappelle Luc Kpenou, expert en systèmes de paiement digitaux.
À ce jour, 11 fintech ont déjà obtenu leur agrément, dont INTOUCH (Burkina Faso, Mali), SYCA, JULAYA, FLUTTERWAVE (Sénégal), FIRSTCOM Global Paiements (Côte d’Ivoire) et d’autres.
L’enclume de l’interopérabilité : la PI-SPI en action
Depuis le 30 septembre 2025, toutes les institutions financières agréées de l’UEMOA – banques, fintech, microfinances et opérateurs de mobile money (Orange, MTN, Moov) – sont connectées à la PI-SPI. Cette infrastructure centralisée permet désormais de transférer de l’argent et effectuer des paiements entre comptes d’institutions différentes, réduisant ainsi les barrières historiques.
Concrètement, un utilisateur peut envoyer de l’argent de Orange vers MTN, Moov ou Wave, ou entre banques et microfinances, avec peu ou pas de frais. Si le système fonctionne déjà bien entre banques et mobile money, l’interopérabilité totale entre les opérateurs mobile money reste attendue, et les équipes techniques travaillent activement à son déploiement complet.
Fin de l’ère de l’agrégation de paiements
Jusque-là, les fintech se distinguaient par leur agrégation de paiements. Avec la PI-SPI et la régulation stricte, ce modèle devient obsolète. « Les fintech doivent identifier de nouvelles niches, créer des services à forte valeur ajoutée pour l’inclusion financière et faciliter les transactions quotidiennes », précise Luc Kpenou.
Une nouvelle ère pour les fintech ouest-africaines
À la croisée des chemins entre régulation et innovation, les fintech de l’UEMOA sont désormais au pied du mur. Le Next Fintech Forum 2025 sera l’occasion pour les acteurs et experts d’explorer les nouvelles opportunités, de partager des solutions et de montrer qui, dans cette nouvelle ère, saura réellement innover et transformer le secteur financier ouest-africain.